Partager l'article ! Follereau, la "besogne obscure" de Vichy et Jésus-Christ: Nous portons à la connaissance de nos visiteurs un nouvel élément ...
Nous portons à la connaissance de nos visiteurs un nouvel élément qui confirme, une fois de plus, hélas, la confusion de Raoul Follereau entre ses convictions religieuses (national-catholicisme) et politiques (pétainisme, maurrassisme).
En effet, nous avons trouvé sur internet (ici) la prière suivante dont nous avons pu vérifier que Raoul Follereau en était bien l'auteur et surtout la date à laquelle il l'a diffusée (la mise en gras est de nous) :
Prière au Christ qui aime les Francs.
Seigneur, qui avez fait de ce pays comme un reflet de Votre Ciel,
Prenez en Pitié la terre de France.
Seigneur qui avez donne a ses fils,
durant tant de siècles,
des trésors d’héroïsme, de sagesse et de sainteté,
Prenez en pitié l’âme de la France.
Lorsque Paris fur menace,
vous avez voulu Sainte Geneviève ;
Quand la Patrie fut menacée,
Vous avez voulu Sainte Jeanne d’Arc ;
Et, parce que ce pays est le Votre,
Vous l’avez fait défendre et sauver par des Saints.
* * *
Avant même qu’elle fut la France,
Vous l’aviez déjà désignée comme un refuge
quand aux rivages de Provence
Débarquèrent, cherchant asile,
Ceux dont les hommes maudissaient
l’Amour Saint qu’ils avaient pour Vous.
Seigneur, Souvenez-Vous de la terre qui reçut
Madeleine, Marthe et Lazare ...
Souvenez-vous du pacte de Tolbiac,
et du vœu de Louis XIII,
et de la consécration de la France a Montmartre,
Pour Saint Louis aux Croisades,
Pour Saint Vincent aux Galères,
Pour tous ceux qui sont morts, Seigneur, pour Votre Cause,
dans la Douceur de Votre Foi,
Prenez en pitié la terre et l’âme de la France.
* * *
Vous nous avez envoyé de grandes épreuves;
La Patrie souffre et saigne et pleure a Vos genoux.
Seigneur, nous avons mérité les maux qui nous accablent.
Si nous implorons Votre Miséricorde,
ce n’est point pour nous,
pour nos personnes chétives,
ou nos biens illusoires,
mais pour la France en qui vous avez mis
les signes de Votre Immortalité.
La France que vous avez voulue renait sous Votre Providence ;
daignez en accueillir les promesses et les fleurs.
Et Donnez-nous le courage quotidien
pour la besogne obscure qu’elle demandera.
Faites que nous soyons grands
pour être dignes d’elle,
et pour, à travers sa vie et sa gloire,
Vous mieux comprendre
Vous mieux AIMER
Raoul Follereau
Paroles de France, décembre 1940
(Paroles de France est le nouveau nom donné en 1940
au mensuel L'Œuvre latine fondé par Raoul Follereau en 1927)
Notre décryptage
La première partie de cette prière est dans le droit fil d'une mentalité purement nationale-catholique, voire contre-révolutionnaire, qui consiste à concevoir la France comme une nation élue, privilégiée par Dieu, à laquelle aurait été confiée une mission d'expansion de la civilisation chrétienne.
Nous avons déjà eu l'occasion de décrire sur ce blog et dans notre livre que, dans cette configuration intellectuelle d'influence maurrassienne évidente, il n'y a pas de place, en France, pour les forces dites de l'Anti-France, tel le "Gouvernement de l'Etranger" dénoncé par l'extrême droite française entre les deux guerres, cette notion incluant les "étrangers de cœur", expression désignant les Français - y compris de souche - qui auraient la malencontreuse idée d'être juif ou protestant, socialiste, franc-maçon, libéral, démocrate chrétien, etc.
Cette prière peut également être rapprochée de la Prière de la fin, écrite par Charles Maurras (ici), dont Raoul Follereau a fait graver deux vers sur sa propre tombe.
Il est patent de constater comment Raoul Follereau associe outrageusement foi catholique et foi nationale.
Rien que la formulation du titre, Prière au Christ qui aime les Francs, est une fiction spirituelle qui ne peut réjouir que ceux qui ne demandent qu'à en être convaincus à force de la répéter.
Mais, ces éléments sont déjà connus et nous les avons déjà développés dans nos travaux. Sur tous ces sujets, nous renvoyons
à la première partie de notre livre "Fondation Raoul Follereau, la contre-enquête" (ici).
L'intérêt majeur de notre découverte réside plutôt dans la date à laquelle Raoul Follereau l'a écrite et diffusée.
Raoul Follereau, du national-catholicisme au vichysme du maréchal Pétain
Lorsque nous avons découvert cette prière, les quatre vers par nous mis en gras ont attiré notre attention :
"La France que vous avez voulue renait sous Votre Providence ;
daignez en accueillir les promesses et les fleurs.
Et Donnez-nous le courage quotidien
pour la besogne obscure qu’elle demandera."
Nous nous sommes alors posé la question : de quelle période parle Raoul Follereau ?
Quelle est donc cette "renaissance" ? Quelle est cette "besogne obscure" ?
Notre crainte était fondée : en effet, cette prière date de décembre 1940. Par la suite, elle a été imprimée et diffusée via le journal de propapagnde vichyste "Paroles de France" dont Raoul Follereau était le directeur.
Or, en Décembre 1940, la Révolution Nationale du Maréchal Pétain est en place depuis six mois ; la législation visant à reconsidérer l'octroi de la nationalité française depuis 1927 a été adoptée dès juillet 1940 ; le statut des juifs, français ou étrangers, date d'octobre 1940 ; diverses mesures ont été prises pour écarter les parlementaires de feu la IIIème République du pouvoir, qu'ils soient socialistes, communistes, libéraux ou francs-maçons.
Autrement dit, Pétain, Laval et autres Darlan ou Weygand profitent de la victoire des armées allemandes et de la notoriété du soi-disant "vainqueur de Verdun" dans le cœur d'une immense majorité de Français de bonne foi pour procéder à un vaste chantier de "redressement national" selon leurs termes.
Opération de purification politique et raciale, surtout.
Ces quatre vers de Raoul Follereau prennent alors une toute autre tournure.
Cette France "qui renait sous Votre Providence", c'est celle de la Révolution Nationale.
Et nous n'osons imaginer ce que Raoul Follereau entend par "besogne obscure".
Ainsi donc, Raoul Follereau associe-t-il sans vergogne le Dieu des chrétiens au Régime de Vichy.
Conviction qu'il n'a jamais reniée par la suite.
Et c'est cet homme-là que ses héritiers spirituels et politiques actuellement aux commandes de la Fondation Raoul Follereau voudraient voir béatifié et canonisé ?