Partager l'article ! Raoul Follereau, un marchand du temple: Message 20 janvier 2011 Retrouvez cet article mis à jour dans notre livre PDF ...
Message 20 janvier 2011
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Nous poursuivons notre enquête sur les faces cachées de Raoul Follereau.
Lors de nos articles précédents (ici ou ici ou encore là), nous avons déjà exposé les penchants pétainistes et
ultracléricaux de Raoul Follereau.
Nous avons également développé notre conviction selon laquelle Raoul Follereau a cherché, dès le milieu des années 1950, à
trafiquer sa propre histoire, en profitant de son aura acquise par ses actions en faveur des lépreux pour tenter de faire croire qu'il leur avait consacré sa vie, toute sa vie (ici).
Nous abordons aujourd'hui dans ce nouvel article les relations entre Raoul Follereau et Charles de Foucauld. Nous allons
exposer dans quelle mesure Raoul Follereau a pu être qualifié de "marchand du temple" par Louis Massignon dans ses correspondances privées.
Rappel de l'épisode des marchands du temple
L'épisode des marchands du temple est un épisode biblique connu qui figure dans les évangiles de Matthieu (21, 12-17) et de
Jean (2, 13-22). Vous le trouverez sur internet sans difficultés (ici, par exemple).
Rappel du contexte
Depuis le milieu des années 1920, Raoul Follereau dirige la Ligue d'Union Latine, groupuscule soi-disant
culturel qui est, en réalité, un organe de
diffusion des principaux thèmes politiques du maurassisme (défense de la civilisation gréco-latine, nationalisme intégral) et d'un national-catholicisme à la française (voir ici ou ici).
En 1936, Raoul Follereau franchit une
nouvelle étape essentielle : il découvre la vie de Charles de Foucauld et y retrouve tous les fondamentaux politiques et religieux qui lui paraissent essentiels.
Raoul Follereau décide alors d'utiliser le nom et l'image de Charles de Foucauld pour promouvoir ses idées.
Raoul Follereau, catholique ? Non. National-catholique.
Les convictions catholiques de Raoul Follereau sont probablement
sincères et un certain nombre de ses écrits plaident en ce sens. Si nous rajoutons ses talents incroyables de prédicateur public, nous pouvons comprendre pourquoi un nombre important de
personnes, dont des catholiques de bonne foi, ont été séduites et même enthousiasmées par ses discours.
Néanmoins, ce serait méconnaitre la réalité du personnage de Raoul Follereau que de le réduire à sa seule dimension catholique. En effet, Raoul Follereau fait partie de cette faction ultradroitière du catholicisme qui associe étroitement convictions catholiques et ultranationalisme. Chez Raoul Follereau, l'un n'est pas dissociable de l'autre.
Pour Raoul Follereau et ses comparses, le baptême de Clovis a fait de la France la fille aînée de l'Église. Elle est
l'héritière de Saint Louis et de Jeanne d'Arc ; elle a été forgée par mille ans de dynastie capétienne et serait, à ce titre, chargée d'une mission divine et spirituelle spécifique. Le Réforme
protestante, les Lumières, la révolution de 1789, les lois de laïcisation de 1905, etc. sont des accidents de parcours causés car des puissances occultes et les sociétés secrètes qui dénaturent
la vraie France, celle que Charles Maurras qualifie de pays réel.
Transposé à notre configuration actuelle, le positionnement politique et religieux de Raoul Follereau correspondrait à la
tendance la plus traditionnaliste, voire franchement intégriste, de la communauté catholique française. D'ailleurs, nous aurons l'occasion de le démontrer dans un article à venir sur les écrits
contemporains d'André Récipon, le fils spirituel de Raoul Follereau choisi par ce dernier pour poursuivre ses œuvres et père de l'actuel président de la Fondation Raoul Follereau.
Dans ce contexte,
pour Raoul Follereau, tout ce qui éloigne la France de sa vocation mystique est banni : il s'agit des forces de l'Anti-France dénoncées par Charles Maurras, ces forces qui détournent la France,
la vraie, de sa mission divine. Par Anti-France, il faut comprendre les "métèques", les juifs, les francs-maçons, les protestants, les socialo-communistes, etc. ... autrement dit, tous ceux qui
n'ont pas la Foi en la France, fille aînée de l'Église telle que décrite ci-dessus.
A contrario, Raoul Follereau honore et promeut autant qu'il peut les missionnaires catholiques français qui incarnent, à
ses yeux, le "vrai visage de la France".
Ces agents de la France évangélisatrice et missionnaire sont d'autant plus honorables pour Raoul Follereau qu'il est
convaincu que la civilisation catholique est la forme suprême de civilisation et d'art de vivre et qu'il échoit à la France, plus qu'à toute autre nation de la terre, de la répandre et de la
diffuser.
Charles de Foucauld, icône nationaliste ?
Charles de Foucauld est un missionnaire français assassiné en 1916 au fin fond du désert
algérien. Sa vie se caractérise notamment par une conversion personnelle radicale, passant d'une vie de luxe et de débauche à une vie quasi érémétique au milieu du peuple touareg.
D'une certaine façon, le mode de vie et le destin du Père de Foucauld au sein du peuple touareg pourraient être rapprochés
de ceux des moines de Tibérine assassinés en 1996 (film à voir).
Mais Charles de Foucauld est également un ancien officier de l'Armée française qui a gardé de forts liens avec ses anciens
frères d'armes. C'est aussi un patriote fervent qui a pu écrire ou tenir des propos qui seraient, aujourd'hui, qualifiés de politiquement incorrects (par exemple, voir ici un article polémique).
C'est à cause de cette dualité de personnage que les catholiques se sont divisés, dès l'entre-deux-guerres, quant à
l'interprétation de l'œuvre de Charles de Foucauld.
Certains membres du clergé catholique français ont cru pouvoir reconnaître en Charles de Foucauld un représentant modèle de
la France conquérante, nationaliste et colonialiste. Raoul Follereau va s'engouffrer dans cette brèche et utilisera massivement les nom et image de Charles de Foucauld pour la promotion de ses
propres activités nationalistes.
Cela va sans dire que cette utilisation s'est faite sans l'autorisation de qui que ce soit.
Détournement de Charles de Foucauld par Raoul Follereau
Convaincu de retrouver en Charles de Foucauld les fondamentaux nationaux-catholiques dans lesquels il croit, Raoul
Follereau va utiliser le nom et l'image de Charles de Foucauld dans le cadre de ses activités de propagande française. Car, pour Raoul Follereau, propagande française signifie propagande catholique. Pour Raoul Follereau, la France, c'est
le catholicisme et le catholicisme, c'est la France.
Raoul Follereau créée donc les "Fondations
Charles de Foucauld" en 1937 et entreprend de lever des fonds auprès du public afin, officiellement, de construire l'Église française du Sahara. Il voit dans cette
œuvre missionnaire le bastion avancé de la
France, de la vraie France. Aux yeux de Raoul Follereau, Charles de Foucauld est le "Chevalier des Sables" qui porte haut l'étendard de la France catholique au cœur des contrées païennes.
Pour lever des fonds, il a trouvé une idée : faire vendre par ses sympathisants des images du Petit Frère universel,
Charles de Foucauld, et multiplier les quêtes dans tous les milieux sociaux ou professionnels.
Pour Raoul Follereau, reconstruire l'Église du Sahara, c'est glorifier le visage de la France chrétienne au plus profond de
l'Algérie. En quelques mois, il rassemble d'importantes sommes d'argent et, en octobre 1937, il peut se réjouir d'annoncer la prochaine inauguration de la première église du Sahara, celle d'El
Goléa. Il en profite pour rappeler clairement le fond réel de son action :
"En Charles de Foucauld, la France chrétienne retrouve son visage, elle s'exprime par lui, elle se reconnaît en lui. Et
le Monde tout entier la reconnaît en lui. (...) C'est du désert que nous vient aujourd'hui la grande figure blanche qui nous affirme l'immortalité de la France et de sa foi. (...) Et si
Charles de Foucauld mourut, martyr de sa foi, nous ne saurons jamais oublier qu'il tomba pour la France, que le saint Ermite était demeuré le patriote le plus accompli, le plus ardent qu'on
puisse rêver, qu'il sut servir, comme le font avec tant de dévouement nos milliers de missionnaires, sa Croix et son Drapeau, exaltant l'une et l'autre dans son âme splendide incapable d'imaginer
leur désunion. Celui-là, vraiment, fut de la France, fille aînée de l'Église. Premier Croisé du désert, premier "Chevalier des Sables", il résuma toute l'histoire de la France dans sa
simple et grandiose épopée." (Œuvres complètes de Raoul Follereau, Appels, page 309).
Le 1er décembre 1946, Raoul Follereau lance le "Noël du Père de Foucauld" qui consiste à collecter des
jouets pour des enfants déshérités et à leur remettre pour fêter la Nativité du Christ.
Pendant l'été 1948, Raoul Follereau se lance dans la vente de quatre nouveaux timbres-vignettes à l'effigie du Père de
Foucauld et des lieux où il a vécu.
Toujours en 1948, Raoul Follereau émet des "bons de Charité" à l'effigie de Charles de Foucauld. Ces bons de
charité auraient pour objet, selon Raoul Follereau, de valoriser les actions caritatives de leurs titulaires en constituant un patrimoine moral à transmettre à ses enfants.
De façon plus classique, Raoul Follereau multiplie les conférences de promotion de sa France catholique chargée d'une
mission civilisatrice en s'appuyant sur ce qu'il croit être la vie de Charles de Foucauld.
Raoul Follereau, un marchand du temple
La façon qu'a Raoul Follereau d'utiliser le nom et l'image de Charles de Foucauld ne plaît pas à tout le monde. Certains y
voient un détournement inacceptable de la notoriété du Petit Frère universel qu'est Charles de Foucauld au profit d'œuvres qu'il n'aurait pas approuvées. Les réactions débutent avant la
seconde guerre mondiale mais se calmeront pendant le conflit. Elles reprennent de plus belle à partir de 1945.
Dans les extraits repris ci-dessus, apparait le rôle de Louis Massignon, célèbre islamologue et "gardien
du temple" de la spiritualité du Père de Foucauld.
"Une brisure s’est produite au sein du milieu catholique français cohabitant avec les musulmans d’Afrique du Nord. Elle ne cesse de s’accroître après 1945. En témoignent les divergences de lectures adoptées par ceux qui tentent de capter l’héritage du père de Foucauld. Dans une vaste galerie de saints, Massignon fait de l’ermite du désert un intercesseur et il a placé sous son patronage le filleul aimé (Abd-El-Jalil), œuvrant dès la fin des années vingt pour la canonisation de celui qui a été assassiné en 1916. Les premiers signes de tension apparaissent autour de 1936, lorsque Georges Gorrée, ex-Petit frère de Jésus, publie Sur les traces du Père de Foucauld, essai suivi par Les Amitiés sahariennes du Père de Foucauld dont le contenu et le titre originel ont effrayé Abd-el-Jalil : « Mgr Dreyer m’a également appris une chose qu’il est urgent que vous connaissiez à cause du retentissement qu’elle aurait, non seulement pour le procès de canonisation du Père de F. mais encore pour sa ‘réputation de colonialiste’ auprès de nos frères d’islam. Le P. Gorrée va publier un livre sous le titre ‘Ch. de Foucauld, officier de renseignements’. (...) On a essayé d’agir sur le P. Gorrée par Mgr Vielle. (...) Que faire ? Ne pouvez-vous pas, vous-même, intervenir auprès du P. Gorrée » (8.III.1939). Les deux hommes assistent, impuissants, à la diffusion de ces publications, à l’organisation de la grande exposition de 1946 aux Invalides, largement financée par les Fondations Charles de Foucauld de Raoul Follereau, et ils ne peuvent empêcher le même Follereau et Robert Garric d’assister le maréchal Juin pour célébrer Foucauld « comme patron de sa croisade policière le 1er décembre 1953. » "
in Massignon - Abd el Jalil : Parrain et filleul. Correspondance rassemblée et annotée par Françoise Jacquin,
préface par Maurice Borrmans, éditions du Cerf. Cet extrait est visible sur internet ici.
"Exposition et Cahiers Charles de
Foucauld.
L'évolution de l'Association (il
parle ici de l'Association Charles de Foucauld, "l'officielle") en groupement de vie évangélique se préparait.
(...) Le Père Gorrée contribua, lui aussi, à faire connaître la figure de Charles de Foucauld collaborant avec l'abbé Louis à organiser l'exposition des Invalides et en fondant la revue intitulée
"Les Cahiers Charles de Foucauld". L'idée d'une exposition ayant pour but de révéler au grand public la figure du Père était venue à l'aumonier des Invalides. Dès le
mois de décembre 1945, le projet d'une exposition se précisa. (...)
L'exposition débutera avec un mois de retard et restera ouverte à Paris jusque vers la fin de juillet (1946). La mise
en valeur de l'aspect colonial et militaire du milieu dans lequel Charles de Foucauld avait vécu et de son rayonnement sur les militaires sahariens, devait immanquablement susciter des polémiques
et des critiques. Le premier à réagir fut Louis Massignon qui avait alerté le Père Voillaume dès le 19 décembre 1945 par la lettre suivante : « L'exposition Foucauld aux
Invalides aura un budget de deux millions et demi fourni probablement par R. Follereau que l'abbé Louis a mis dans son Comité ; avec le Père Gorrée qui est chargé du
"rayonnement" (les guillemets sont dans le texte) du Père de Foucauld. Le Père Gorrée est venu m'annoncer qu'il était propriétaire fondateur des "Cahiers Foucauld" (j'ai fait des réserves, mais quoi
de plus ?), qu'il comptait les lancer grâce à l'exposition. (...) son esprit n'est pas le notre. La Fondation Follereau, grâce à l'exposition, deviendra une sorte de
"Caisse Foucauld", avec exclusivité et monopole ; déjà les pauvres sœurs des Mazes ne peuvent trouver de secours ; elles répugnent à passer par cet intermédiaire. C'est un sujet de film, ancien et actuel :
"Les Marchands dans le
Temple". » (...) Deux questions se posaient :
l'ambiguïté de la Fondation Foucauld de Raoul Follereau, et le projet de "Cahiers" de Georges Gorrée. En ce qui concerne la "Fondation Charles de
Foucauld", Massignon écrivait à René Voillaume quelques mois plus tard pour lui demander de se désolidariser de
M. Follereau par une note insérée dans le Bulletin. (...) Il faut encore noter un nouveau
différend qui opposa Georges Gorrée à Massignon. Celui-ci avait demandé, à l'occasion de la parution du premier "Cahier", qu'il transmette une note de mise au point
relative à la "Fondation Charles de Foucauld" de Raoul Follereau. Georges Gorrée s'y refusa. R.Voillaume lui écrivit le 9 octobre : "Je regrette beaucoup votre
rupture avec Massignon, que vous rendez difficilement réparable en refusant de publier sa note. Je comprends la difficulté de la situation dans laquelle vous vous trouvez, mais je
comprends aussi le jugement de Massignon qui a entièrement raison pour le fond. (...) Car
il est absolument hors de doute qu'on dessert la mémoire du Père de Foucauld, à vouloir l'utiliser sur un terrain dont il aurait eu lui-même horreur. (...) Sans vouloir aucunement se prévaloir d'une sorte d'exclusivisme en matière de spiritualité du Père de Foucauld, le devoir de
ceux qui, comme nous, sommes considérés comme disciples du Père, est bien de défendre son esprit et sa mémoire contre des déformations."
in Louis Massignon au cœur de notre temps, Jacques Keryell,
éditions Karthala, page 186 lisible ici.
Sans doute est-ce suite à cet échange de courrier entre le Père Voillaume et Georges Gorrée que les Cahiers Charles de
Foucauld publièrent, le 8 septembre 1946, la lettre de Louis Massignon :
"Je ne conteste pas
l'excellence de ses intentions (Massignon parle ici de Raoul Follereau), mais j'estime que rien ne l'autorise à assumer le nom de "Foucauld", ni le nom des "fondations Foucauld" au
pluriel, l'investissant du monopole du ravitaillement matériel des œuvres religieuses remontant, elles, authentiquement, à la spiritualité du père de Foucauld. L'ambiguïté de ce titre est
choquante. Que "Foucauld" serve d'étiquette, d'appellation d'origine à une marque de cigares, de cognac, ou même à un paquebot, personne ne peut s'y tromper. Mais, pour organiser
parmi les fidèles des "fondations Foucauld", il faut produire, à défaut d'une exécution testamentaire, la preuve d'un lien de conformité spirituelle. Ce qui n'est pas le cas ici. En
attendant que l'autorité ecclésiastique soit saisie de la question, je me sens tenu de protester, comme membre du groupe des quarante-neuf premiers associés à la prière du père de Foucauld, et
comme membre du conseil de l'association autorisée par le Cardinal Amette le 10 septembre 1919."
cité par Thévenin dans Raoul Follereau, Hier et Aujourd'hui, éditions Fayard, 1992, page 223.
"En novembre 1955, à Beni-Abbès, l'Association Charles de Jésus - Père de Foucauld est constituée.
Elle prolonge l'ancienne association mise en place par Massignon et, entre autres buts, elle entend "défendre la mémoire de Charles de Foucauld et le sens de son message contre les déformations
auxquelles ils sont exposés". C'est l'époque de la douloureuse décolonisation de l'Afrique du Nord et le souvenir de Charles de Foudauld est utilisé pour justifier les attitudes les plus
diverses. Les amis de Massignon veulent imposer la vision d'un Père de Foucauld vivant dans le silence et la discrétion, tourné vers une démarche toute spirituelle et ouvert à la dimension
universelle, de préférence à celle d'un Père de Foucauld héraut de la France chrétienne chargée d'une mission colonisatrice. Ils se méfient de Raoul Follereau, craignent qu'il ait mal
compris le message de Charles de Foucauld et ne l'utilise pour un activisme nationaliste."
ibid, page 226.
En 1988, le Père René Voillaume témoigne de la façon suivante : "J'ai rencontré
Raoul Follereau pour la première fois lors de l'inauguration de l'église d'El-Goléa et d'un buste de Charles de Foucauld. Il était alors président de la Ligue d'Union latine, ligue
culturelle et politique qu'on disait à l'époque de tendance fascisante. Cette réputation était telle que les officiers de l'annexe d'El-Goléa avaient reçu du gouvernement des directives
de grande discrétion à son égard. Nous nous tenions volontairement à l'écart de ce mouvement qui n'était pas d'ordre purement spirituel. Jamais les fondations Charles de Foucauld de Raoul
Follereau n'ont fait partie des différents groupements et autres associations de la famille spirituelle de Charles de Foucauld".
Témoignage du Père Voillaume, recueilli et cité par Etienne Thévenin, ibid, page 138.
Conclusion
En 1946, Raoul Follereau rebaptise sa Fondation "Ordre de la Charité" et renonce donc, au moins en ce qui concerne la
dénomination officielle, à utiliser la notoriété du Père de Foucauld. Néanmoins, comme nous l'avons vu, il poursuit avec fougue ses initiatives "marketing".
Cet épisode de la vie de Raoul Follereau illustre finalement assez bien toute la problématique qui entoure le personnage :
tout comme le Vatican reprochera à Charles Maurras de reléguer la religion catholique à une fonction strictement utilitariste au service d'une conception politique de la société, nous pouvons
nous demander, concernant Raoul Follereau, comment se distinguent précisément la finalité de son action et les moyens qu'il emploie pour y parvenir. Cette difficulté résulte du fait qu'avec Raoul
Follereau, religion et nationalisme sont intimement liés et, de ce fait, difficilement dissociables. Promouvoir le message de Charles de Foucauld sert, en réalité, à faire de la propagande
française. Ainsi, pour Follereau, reconstruire l'Église du Sahara ne constitue pas une fin en soi. Pour Follereau, reconstruire l'Église du Sahara est le moyen de glorifier l'image de la France
chrétienne et de l'ancrer solidement en terre africaine. Il s'agit donc là d'une œuvre résolument politique et coloniale. Et cette subtile différence n'est pas anodine. Nous allons la retrouver
de façon plus présente encore dans l'aventure de la léproserie d'Adzopé. Mais c'est déjà un autre article ...
Pour être sûr de lire la dernière version de cet article, consulter notre blog ici.
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